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SOTTISE INCLUSE

PAR Philippe Pujas
jeudi 2 novembre 2017

Au début, on n’a pas pris ça trop au sérieux. C’était à la fois si laid et si compliqué que ça ne pouvait paraître qu’une lubie passagère. Mais voilà que ce qu’on appelle « écriture inclusive » s’incruste, et se répand. L’Académie française s’en émeut, parlant de « péril mortel » pour la langue française. Et la ministre de la culture affirme clairement son hostilité. Cela suffira-t-il ? Pas sûr. L’Académie française s’est fait brocarder : il est décidément acquis qu’elle est le repaire rance de la ringardise.

Or, la condamnation de l’écriture inclusive par l’Académie est solidement argumentée : « La démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs. » A ces arguments, on peut ajouter une réponses de l’intuition : l’écriture inclusive abîme la langue et la déséquilibre. Sa laideur en fait un véritable attentat contre le français. Si on veut mieux équilibrer les genres, il faut trouver autre chose.

Il est à craindre, hélas, que bien peu en France se soucient de l’avenir de la langue, et l’écriture inclusive s’engouffre dans cette indifférence, la même que celle qui fait reculer le français devant l’américain en France même. Mais quand un président de la République ne parle jamais d’emplois mais de jobs et parle anglais à la première occasion, qu’attendre de lui pour freiner cette tendance ? Le président promet pour l’an prochain une grande politique de la langue. On aimerait qu’il commence par donner l’exemple. Et on attend d’une politique active, celle qui nous est promise, qu’elle modernise et adapte la seule loi relative à la langue française, la loi Toubon, dont on se soucie aujourd’hui comme d’une guigne. On attend qu’elle conduise à une prise de conscience. Le temps presse. Peut-on demander à la ministre, en attendant, un petit rappel à l’ordre aux institutions publiques ? N’y-t-il rien à dire aux Editions du Centre Pompidou qui organisent un "Christmas showroom" ?

Une loi Nyssen après la loi Toubon, un rêve ? Il y a des coups à prendre, mais la ministre semble ne pas manquer de courage. Elle le montre en s’opposant fermement au retour de la publicité sur les chaînes de la télévision publique après 20 heures, et en défendant le principe de l’exclusion de la publicité dans les programmes pour les enfants. C’est, pour les responsables du service public, un rappel salutaire à leurs devoirs, qu’ils semblent trop souvent oublier.

Philippe Pujas