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L’EUROPE CONTRE LA CULTURE

PAR philippe1941
samedi 28 octobre 2017

N’en doutons pas : la crise catalane est d’abord une crise européenne. Il y a du pathétique à voir une nation qui a toujours affiché sa foi en l’Europe rejetée violemment et sans discussion par une Europe officielle arc-boutée sur ce qu’elle est devenue : une Europe des Etats.

Ce n’était pas l’esprit des institutions. La logique de la construction européenne était un effacement progressif des Etats au profit d’un ensemble qui les dépassât. Et du reste, les institutions européennes ont longtemps encouragé les personnalités régionales contre les Etats. C’est qu’on était alors dans une logique d’intégration. On en est loin. Un Etat peut, comme le fait l’Espagne, se conduire de manière tout-à-fait déraisonnable, peu importe au collectif des Etats qui a mis la main, pour la freiner, sur la construction européenne. Ce qui importe, c’est que les frontières ne bougent pas, et qu’un Etat n’intervienne dans la crise qui affecte un autre Etat que pour l’assurer d’un soutien aveugle.

Enfermée dans cette logique, la coalition des Etats décrète que peu importe l’expression démocratique d’une population, que peu importe que des représentants élus d’institutions soient démis de leurs fonctions par un pouvoir central. C’est cette Europe-là qui, après 2005, a considéré comme nul et non avenu le non du peuple français à son referendum.

Cette Europe-là, fruit difforme de la primauté des Etats et du libéralisme économique, à l’aune duquel on veut une explication à tout phénomène, ne peut ni ne veut rien comprendre aux courants divers qui traversent les peuples. Elle ne peut ni ne veut rien comprendre à la Catalogne. Pour commencer à comprendre, elle aurait dû suivre attentivement le rassemblement massif (450 000 personnes) qui avait suivi l’annonce par Madrid de son intention de suspendre de fait les institutions catalanes, intention désormais entrée dans les faits. Pour protester contre cette situation d’une extrême gravité, des prises de parole ont eu lieu. Elles se sont ouvertes par un poème et se sont achevées par une chanson. Voilà ce que les Européens aveugles et sourds devraient essayer de comprendre : le mouvement catalan est d’abord, est essentiellement un phénomène culturel. C’est ce qu’il aurait fallu gérer, en prenant en compte l’épaisseur du temps. Pourra-t-on longtemps prétendre diriger l’Europe en ignorant les courants culturels qui la traversent, et qui la constituent ?

Philippe Pujas