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ART ET SUBVERSION

PAR Philippe Pujas
vendredi 7 avril 2017

Dans un numéro récent de Libération, une centaine d’artistes, parmi lesquels de très éminents ( les frères Dardenne, Pascal Dusapin, Amos Gitaï) ont signé un « appel contre le FN ». Ils expriment leur inquiétude devant la perspective de l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen et de son pouvoir, dans des termes qui dans l’ensemble sonnent juste. On y lit aussi cette affirmation devenue banale selon laquelle la subversion est une « éminente fonction de l’art ». Bravo ! Soyons subversifs. Autrement dit, sortons des poncifs, des terrains trop labourés, ouvrons, machette en main, des chemins neufs. Qu’est-ce qui ouvre, dans l’art d’aujourd’hui, dans une admirable subversion, des pistes contre les idées convenues ? Le pari de la beauté, sans s’abriter derrière le prétexte qu’elle est trop subjective pour rien signifier.

Faire le pari de la beauté, c’est la vouloir dans les rues, sur les places, dans tout notre quotidien, comme l’ont voulu les sociétés humaines depuis qu’elles ont accédé à ce qu’on peut appeler l’humanité. La révolte est aujourd’hui impérative contre la domination du laid, qui est la traduction dans l’espace de la société fondée sur les seules valeurs de l’économie. On trouve peu cette réflexion-là dans les programmes des candidats à l’élection présidentielle, où il est souvent question, pourtant, des bienfaits de la culture comme lien social. La laideur, on l’a sous les yeux trop souvent, dans nos villes défigurées, nos banlieues faites au moins coûtant, nos campagnes rongées par une urbanisation qui est une insulte à la justesse des constructions traditionnelles. Si on ne sait plus ce qu’est la beauté, qu’on regarde de plus près notre patrimoine bâti, qu’on se forme auprès des chefs-d’œuvre du passé, qu’on se donne pour impératif absolu de ne pas contribuer à l’enlaidissement du monde. Sans doute est-ce aux poètes, aux artistes, de nous aider à voir, et de porter cette subversion-là.

Philippe Pujas