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L’EUROPE D’ARLEQUIN

PAR Philippe Pujas
lundi 6 mars 2017

Rencontre à Versailles entre quatre grands pays européens en prélude à la célébration de l’anniversaire du Traité de Rome. En perspective, une Europe à deux vitesses, avec en tête les pays favorables à la poursuite de l’intégration.

Le sentiment européen se porte mal, par les temps qui courent. Fondée sur des mécanismes économiques supposés conduire inévitablement, par l’imbrication croissante des économies, à une union politique, elle n’a pas résisté à cette vision qui s’est révélée insuffisante. Et il semble qu’on n’ait toujours pas compris que rien n’est possible sans un ciment culturel. L’Europe a souffert de deux maux. Elle a dû subir les assauts incessants de ses adversaires de l’intérieur, pour qui le seul objectif était de réaliser un grand marché avec le minimum d’intégration politique. Et puis, elle n’a pas su affronter la question des identités nationales, qui s’est posée avec une acuité inattendue après l’élargissement aux anciens pays dominés par l’URSS. On n’a pas voulu comprendre que des pays longtemps privés de leur liberté de peuple aspiraient à retrouver leur identité autant qu’à reconstituer l’unité du continent, et qu’il fallait faire avec.

Alors que la campagne présidentielle française est polluée par les soubresauts quotidiens de l’affaire Fillon, il ne faut pourtant pas oublier que c’est aussi l’avenir de l’Europe qui se joue. Or rien ne sera possible pour l’Europe si elle ne tient pas compte de l’état des peuples, pour le comprendre, le dépasser, l’accompagner.

Après tant d’années d’hésitations, on commence à savoir qu’aucune construction solide n’est possible sans adhésion des Européens, mais aussi que la construction d’un sentiment européen n’est pas incompatible avec le maintien de forts attachements régionaux ou nationaux. L’Europe ne peut être qu’un beau manteau d’Arlequin, avec des carreaux de couleurs différentes cousus ensemble et sachant, dans leurs différences, qu’ils forment un tout. Ne pas nier les identités locales, mais tout faire pour souligner l’identité commune, c’est par là que doit commencer la longue reconquête de l’esprit commun européen, et la reconstruction d’une Europe dont l’éclatement serait une catastrophe aux conséquences incalculables. On aimerait que ces enjeux cruciaux retrouvent de la visibilité dans la campagne.

Philippe Pujas