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COLONISATION

PAR Philippe Pujas
dimanche 19 février 2017

Voilà qu’est relancée, par Emmanuel Macron, le débat sur la colonisation. Maladroitement ? Pas sûr, et, au fond, peu importe. C’est qu’on n’en finit pas, en France, de tourner autour du pot. Qu’on ébranle le pot ne peut faire que du bien. L’aventure coloniale s’est terminée diversement pour la France. En Afrique noire, la transition s’est opérée sans heurts, préparée par le discours de Brazzaville de 1944 et la loi-cadre de Gaston Defferre. Il n’en fut pas de même, hélas, en Indochine et en Algérie, et les sinistres conditions dans lesquelles la France lutta contre l’inéluctable et contre la justice ont occulté la période précédente, les années coloniales. La France, qui y était plutôt indifférente, qui avait l’âme plus paysanne que marine, se satisfaisait d’avoir un empire, qui flattait son orgueil et qui lui amenait parfois, par le biais d’expositions à Paris, un doux parfum d’exotisme. Quand des empêcheurs de tourner en rond, comme Gide ou Céline, dressaient des tableaux accablants, on regardait ailleurs. Et les mythes continuent d’alimenter la mémoire nationale.

Revenir sur ce passé est à la fois nécessaire et compliqué. Nécessaire parce que la société française d’aujourd’hui est fille de cette histoire, que cette histoire est encore lourde de ressentiments, et qu’il faut déballer le sac si on veut aller plus loin. Compliqué parce que même les historiens, ou ceux qui se disent tels, ne sont pas à l’abri des passions, donc de visions déformées de la réalité.

Les propos d’Emmanuel Macron ont le mérite de remettre le sujet sur le tapis dans la lumière d’une campagne présidentielle. On peut donc espérer des avancées. Comment aller plus loin ? Une occasion a été perdue, mais d’autres peuvent se présenter. Quand le Palais de la Porte dorée, lié à l’aventure coloniale, s’est trouvé sans affectation, l’idée a été lancée par des historiens d’y installer un musée centre d’études sur la colonisation. C’est une Cité de l’immigration qu’on y a installée. Dommage. Travailler sérieusement sur le fait colonial, dans le monde et pas seulement à partir de l’expérience française, est une nécessité. Il faut installer quelque part un lieu de recherches et de débats sur un phénomène qui traverse les siècles et les civilisations. C’est peut-être à ce compte seulement que la France acceptera de regarder sa vérité en face.

Philippe Pujas