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J.O : DEFAITE FRANÇAISE

PAR Philippe Pujas
samedi 4 février 2017

Sans combattre, dans la compétition pour les Jeux Olympiques de 2024, la France vient de perdre sur le tapis, en présentant son slogan. On nous a présenté la version officielle, en anglais, ‘Made for sharing », en nous assurant qu’une version française, non officielle, allait être proposée. Rappelons que, depuis la réinvention des Jeux olympiques par le baron Pierre de Coubertin, l’olympisme possède deux langues officielles, l’anglais et le français. Le comité français, dans l’indifférence du Président de la République, du Premier ministre, de la ministre de la culture et du ministre en charge de la francophonie, décide donc qu’il n’y a plus désormais dans le monde olympique qu’une langue officielle. Il est étrange que cette capitulation intervienne à propos de Jeux qui devraient se dérouler en France. On imagine que la suite logique, puisque tout le monde comprend l’anglais et personne le français, sera l’élimination de notre langue de la manifestation elle-même, lors de ces Jeux parisiens.

Le comité d’organisation de la candidature française aux J.O. n’est pas le seul à capituler. Le mois dernier, un jeune et fringant candidat à l’élection présidentielle française, s’exprimant sur l’Europe à Berlin, dans une université prestigieuse, a jugé, devant un auditoire franco-allemand, qu’il ne pouvait le faire qu’en anglais.

Il faut donc rappeler deux ou trois choses.

L’anglais n’est pas seulement l’anglais. Il est la langue d’une domination idéologique et commerciale. Il est la langue de l’appauvrissement culturel, dès lors qu’il est devenu le véhicule de cette domination et qu’il relègue les autres langues dans des niches locales, même pas préservées elles-mêmes comme le montre la pénétration en France du vocabulaire américain dans la vie quotidienne. La langue suit la pénétration par les industries du divertissement, qui portent si bien leur nom. il ne peut y avoir de vraie richesse culturelle et d’indépendance que dans la diversité.

Que M. Macron s’exprime en anglais à Berlin n’est pas anecdotique. Son attitude traduit une certaine approche de l’Europe, qui exclut l’histoire et les cultures du continent. Dans cette perspective, à quoi bon s’obstiner à construire une unité européenne ? La vision macronienne de l’Europe est utilitariste, n’a pour critère que l’économie. C’est précisément cette vision qui a échoué. On ne peut pas faire l’Europe en ignorant toute la charge que portent ses langues, ni celle que porte l’anglo-américain. Quand on aspire à présider la République française, on ne devrait, dans un autre pays européen, produire de discours qu’en français ou dans la langue du pays hôte, sauf à assumer son accord avec le projet néo-libéral qui a tué la construction européenne.

Que l’olympisme français prenne le parti de l’anglo-américain n’est pas anecdotique non plus. Il choisit délibérement la langue dans laquelle il pensera faire les meilleures affaires, soulignant que les Jeux sont devenus une question de gros sous. C’est assez, on le comprend, pour susciter des réactions de rejet. Les J.O. sont l’affaire d’un petit monde, pas nécessairement celle des Parisiens ni des Français qu’on tient à l’écart. Sans parler, bien sûr, des Francophones, à qui on signifie qu’ils parlent une langue dépassée.

Philippe Pujas