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POUR UNE AUTRE POLITIQUE CULTURELLE

PAR Philippe Poirrier
vendredi 16 décembre 2016

Karine Berger, Manuel Alduy et Caroline Le Moign, La culture sans Etat. De Modiano à Google, Paris, Odile Jacob, 2016, 205 pages, 21, 90 Euros

Cet essai part d’un constat accablant : la politique culturelle est en panne ; incapable de prendre en compte les évolutions qui affectent les mondes de l’art et de la culture ; en premier lieu la montée en puissance du tout-numérique. Depuis le combat sur l’Exception culturelle, à l’aube des années 1990, le délitement de l’Etat, par désintérêt des acteurs politiques, s’est accompagné de la toute puissance des forces du marché.

Les sept premiers chapitres soulignent combien le numérique renouvelle le monde des arts et de la culture : culture de la gratuité ; généralisation du piratage, poids des multinationales du Net (les GAFA) ; émergence d’une économie de l’attention, remise en question de la chaine de valeur de la création culturelle… Les auteurs estiment que l’Europe est la bonne échelle d’intervention, sans se leurrer sur la position actuelle de la Commission, plutôt alignée sur les logiques libérales. Le dernier chapitre, le seul à être vraiment prospectif, avance quelques idées pour réformer notre modèle de politique culturelle. Deux principes sont avancés : faire porter l’effort sur une réinvention des soutiens à la promotion et à la distribution des œuvres ; réaffirmer que la culture n’est pas gratuite, et réapprendre aux consommateurs qu’il faut contribuer à la culture de manière juste.

Le grand mérite de ce volume, rédigé conjointement par une députée socialiste, un acteur du monde des medias et une économiste, est de présenter sous une forme particulièrement claire des questions techniques, souvent complexes. Une lecture salutaire, alors que, malgré la conjoncture électorale, le débat sur l’avenir de la politique culturelle demeure inaudible, même pour les oreilles les plus averties.

Philippe Poirrier