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CHANSON TRISTE

PAR Philippe Pujas
dimanche 4 décembre 2016

Dimanche matin, une heure en voiture. A la radio, sur France-musique, la ministre de la culture. Elle évoque ses goûts, fait écouter un peu de musique. Un peu de variété. On entend quatre anglo-américains, et une chanson française. Et on finit par se demander si Audrey Azoulay n’a pas été trompée par le titre, India Song…

Ainsi, une ministre de la culture ne voit pas ce qu’il y a d’incongru, de déplacé, d’inadmissible dans le fait de se couler dans ce qui est déjà dominant sur les ondes, et d’ignorer ce qu’elle a mission de défendre, la création française. On pourrait chercher à se consoler en se disant qu’elle n’a plus devant elle qu’un bref avenir ministériel. Mais cela ne suffit pas à rassurer. Audrey Azoulay ne voit pas où est le problème, elle n’est pas la seule. Les radios de service public (avec mention spéciale à France-culture, mais France-Inter se défend aussi pas mal) sont les promoteurs zélés de la culture américaine, comme si elle était la seule au monde. C’est certes une très grande culture, que nous aimons tous. Nous aimons sa chanson, son cinéma, sa littérature, qui font partie de nous. Mais nous n’aimons pas qu’elle soit envahissante. Nous aimerions qu’on fasse un peu plus de place aux autres, à l’Afrique, à l’Asie, à l’Europe, et pourquoi pas à nous-mêmes.

Ce n’est pas facile. Le dire vous attire vite des accusations de franchouillardise, voire de populisme, de repli frileux sur soi. Le problème, c’est qu’on ne devrait pas avoir à le dire. Mais voilà, nous sommes, depuis quinze ans, dans un temps où le ministère, l’État, les institutions, sont de plus en plus sensibles au marché et à ses efficaces sirènes, qui poussent à l’uniformisation dans la langue dominante du marché. Si l’État n’est pas là pour contenir les débordements du marché, s’il n’est pas là, aussi, pour donner l’exemple, sur qui pourra-t-on compter ? Les radios musicales privées doivent respecter des quotas de diffusion de chansons francophones. Le CSA, bousculé par l’industrie, a du mal à les faire respecter, et on a pu l’accuser de le faire mollement. Si la ministre elle-même accrédite l’idée qu’il n’y a plus de création française, pourquoi ferait-il du zèle dans la défense de ces quotas ?

Philippe Pujas