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ENFIN ?

PAR Philippe Pujas
jeudi 3 novembre 2016

Voilà trois semaines que la rédaction d’I-télé est en grève, pour des raisons fondamentales : respect du spectateur dont ne fait pas preuve la direction du groupe Bolloré en misant sur de bas instincts, déontologie. Et l’État a semblé vivre cette crise en spectateur, quand on attendait plus une parole publique forte que des tractations secrètes.

Nous avions nous-même rappelé, dans un précédent éditorial, que les groupes privés n’étaient ni maîtres absolus de leur chaîne de télévision, ni maîtres de leur contenu. C’est l’État qui possède les fréquences, et le CSA doit veiller au respect d’un cahier des charges. Qui, en la circonstance, semble bien oublié.

Aujourd’hui, c’est la commission de la culture, de l’éducation et du Sénat qui s’émeut, et rappelle les responsables publics à leurs devoirs. Sa présidente, Catherine Morin-Desailly (UDI-UC) a, annonce-t-elle dans un communiqué, « reçu les représentants des personnels de la chaîne et a échangé avec les dirigeants du groupe Canal Plus ». Elle ajoute, et c’est la première parole claire et déterminée qu’on entend sur cette question : « Sans vouloir s’immiscer dans le fonctionnement d’une entreprise privée, elle rappelle que le rôle du législateur est de veiller à la bonne utilisation de la ressource publique que constitue l’autorisation d’émettre pour une chaîne de télévision ».

Alors, « Face aux inflexions surprenantes apportées à la programmation de la chaîne, elle appelle ainsi le conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), régulateur de l’audiovisuel, à s’assurer du respect de la convention fixant ses obligations légales ».

On ne voit pas ce qu’on pourrait dire de mieux. On ne peut donc que suivre Catherine Morin-Desailly dans son analyse, et ses conclusions : « Elle estime que malgré les difficultés économiques avancées, une chaîne d’information ne peut être abandonnée à son sort sans réaction et que l’exercice de la clause de conscience par les journalistes ne peut tenir lieu de méthode de sortie de crise. C’est pourquoi elle en appelle à la résolution rapide du conflit dans le respect des parties prenantes, si besoin au moyen d’une médiation ».

On attendait depuis des jours la réaction du CSA. Celle-ci est enfin venue en fin de journée : le CSA accuse l’émission de Jean-Marc Morandini, qui a provoqué la grève, de "manquements aux exigences d’honnêteté et de rigueur", et menace la chaîne de procédures de sanction. Enfin ?

Philippe Pujas