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WEEKS AND CO

PAR Philippe Pujas
jeudi 27 octobre 2016

La ministre de la culture a visité jeudi 26 octobre la « Paris Games week », et annoncé à cette occasion des mesures en faveur du jeu vidéo français. Bravo, c’est un secteur important de l’économie française, et que l’État l’encourage est une bonne chose. Mais la ministre de la culture ne s’émeut manifestement pas que cette manifestation ait, en France, un titre américain ou, comme dirait l’excellent Alain Rey, californien. Il faut dire que nous sommes habitués. La France, qui fut capitale de la mode, a maintenant sa « fashion week », comme elle a ses « design days », et ses weeks de toutes sortes. Le Centre Pompidou, qui participe à Paris Photo, du 10 au 13 novembre, y présente dix ans d’acquisitions de photographies sous le titre « The pencil of culture ». Pourquoi ? par référence subtile à un livre anglais du 19è siècle, mais plus sûrement pour être dans le vent, comme l’est l’inventeur de ce titre, qui du reste quitte l’institution français pour rejoindre un musée californien.

Devons-nous nous habituer, nous résigner à ce que la langue française disparaisse de France ? Le mouvement d’anglicisation des titres des manifestations s’est accéléré ces dernières années, sans que les autorités s’en émeuvent, quand elles n’en ont pas été les acteurs dévoués, comme l’a été la Ville de Paris. Postulat : nous vivons dans le monde, la langue du monde est l’anglais, donc parlons anglais, même chez nous. Quitte à nous perdre.

Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de nier les réalités. Que l’anglais soit aujourd’hui l’espéranto du monde, chacun le sait. On pourrait donc, pourquoi pas, sous-titrer les manifestations qui se déroulent en France, en anglais, et peut-être en espagnol, en chinois, en allemand… Mais perdre sa langue chez soi au profit d’une langue dominante, ce n’est plus de l’internationalisme, c’est de la soumission à une forme insidieuse de colonisation. Que les autorités publiques qui devraient être aux avant-postes de la vigilance soient, au mieux, indifférentes, et souvent complices est, tout simplement, consternant.

Philippe Pujas