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L’URGENCE CULTURELLE

PAR Philippe Poirrier
mardi 31 mai 2016

Jérôme Clément, L’urgence culturelle, Paris, Grasset, 2016, 251 pages, 19 Euros.

Le titre de cet essai claque comme un cri d’alarme. Jérôme Clément, administrateur civil qui commença sa carrière au ministère de la Culture en 1974, avant notamment de diriger la chaine culturelle franco-allemande Arte pendant près de vingt ans, livre son sentiment sur l’évolution des politiques culturelles.

Cet homme de gauche ne joue pas les Cassandres, mais dénonce, nombreux exemples à l’appui, combien la politique culturelle est aujourd’hui maltraitée, négligée et oubliée. Il souligne notamment combien les hommes politiques ont déserté ce dossier, si ce n’est pour des questions de communication ou dans des logiques d’instrumentalisation des acteurs culturels. Il ne peut que constater la faiblesse théorique du parti socialiste sur ce point et l’indigence de la présidence de François Hollande. La déception vient redoubler les impasses du sarkozisme culturel.

Jérôme Clément touche juste lorsqu’il dénonce des élites, à droite comme à gauche, converties au libéralisme, et qui ont oublié le sens profond d’un service public de la culture. Le constat aurait pu être encore plus sévère si l’auteur avait examiné les effets désastreux de la « réforme territoriale » et du désengagement de l’Etat, notamment les baisses drastiques des dotations aux collectivités territoriales. Jérôme Clément plaide à la fois pour une véritable politique culturelle à l’échelle européenne et pour une défense de la langue française dans le cadre d’une francophonie au service de la diversité culturelle. Peu importe alors que la mise en perspective historique soit un peu aléatoire et que les références bibliographiques ne soient pas toujours assez précises, l’essentiel est ailleurs : un appel aux bonnes volontés afin de contrer une apathie politique mortifère pour une vie culturelle, qui reste ô combien dynamique, et qui doit beaucoup à un demi-siècle de politiques publiques de la culture. Un livre que pourront lire tous ceux qui pensent que la culture contribue au vivre ensemble et au débat démocratique, et ne peut se réduire aux seuls caprices du marché et de ses agents.

Philippe Poirrier