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MÉCHANCETÉS

PAR JACQUES BERTIN
mercredi 17 février 2016

Pourquoi l’intelligentsia française a-t-elle décidé la fin de la France ? Cet antinationisme sans doute unique au monde, aussi stupide que son opposé, est la question culturelle d’aujourd’hui. J’ai plusieurs fois – hélas – parlé ici de l’effondrement de l’intelligeoisie française causé, entre autres, par la négation des problèmes liés à l’immigration, depuis trente ans. L’assimilation, remplacée par l’intégration et l’unité par le communautarisme. ...Et aux Français d’adapter la France aux arrivants (et pas l’inverse, salauds !) La morale remplaçant la politique... Quelques-uns - dont moi, dois-je avouer - pensaient que, l’assimilation étant la garantie de la paix civile, on en paierait les conséquences. Eh bien, nous y sommes.

Heureusement, deux ou trois malpenseurs, Finkielkraut et Debray, sont encore autorisés à s’exprimer. Quelques autres, non sans courage, écrivent. Je viens de lire deux livres sur ce sujet. Leurs deux auteurs sont Jean-Claude Barreau (1) et Malika Sorel-Sutter (2). Plus pamphlet, le Barreau, plus témoignage sur les mensonges du pouvoir politique pour madame Sorel-Sutter. Je veux saluer, oui, le courage de ces deux-là – qui seront victimes, c’est sûr, du silence des médias et qui savent, en publiant, qu’ils seront traités de nazis, pas loin, par les mêmes. Ils défendent une France « rabougrie », n’est-ce pas - celle que le monde entier salue, par ailleurs - mais on n’y peut rien.

Donc, me voilà un peu moins « interdit » (3), d’avoir lu Barreau et Sorel-Sutter – et je les conseille à mes lecteurs…

Quittons ces rivages sans charme et moquons-nous un peu du monde ! Voici quelques notes sur la vie contemporaine.

- Un journaliste fait parler un quidam dans un reportage télévisé. Jadis, ce témoin, on le nommait ! Son nom et son prénom apparaissaient en bas de l’image… Depuis quelques années, on le désigne par son seul prénom. C’est une façon de distinguer les importants, les experts, les vedettes - et les anonymes, c’est le cas de le dire. Le mépris. C’est, caractérisé, tout le mépris du peuple. Moi, si on m’aborde avec un micro : - Fous le camp, dégage !

- Avez-vous remarqué la couleur du bleu du drapeau (le français) ? De plus en plus, le voilà revenu, le bleu profond, superbe. On voit encore, mais de plus en plus rarement, ce que je nomme « le bleu Giscard » : ce Président avait décidé que l’ancien bleu manquait de dynamisme, était passéiste, était triste, que sais-je, et il avait ordonné qu’un bleu clair le remplace. Pendant des années, nous avons vécu sous ce drapeau de supérette, moderne et gai. Mais un jour, l’Histoire est revenue...

- Un tour du monde, en vitesse. Désormais, les ultra-riches, nous donnent des leçons de générosité. Le principe est le suivant : on planque son pognon dans les Iles ; on spécule sur la spéculation des petits spéculateurs qui spéculent sur la consommation massive des consommateurs de base ; puis, avec ces montagnes de billets, on subventionne des œuvres de charité – en prenant soin de le faire savoir, bien sûr.

Et c’est ainsi que les ultra-riches nous enseignent l’altruisme – et nous sommes priés de les en aimer davantage, et ainsi d’aimer le capitalisme spéculatif.

- Toujours aussi choqué par les téléthon et autres sidaction. L’hypocrisie des dames-patronnesses du chaubise me révulse. Suis-je donc pour que la médecine piétine ? Non : la médecine publique m’a sauvé la vie plusieurs fois. Je suis pour la médecine publique, devrais-je passer pour un sale type. Et je suis d’accord pour payer des impôts. Allez. Sans moi. Salut !

- Un organisme de mobilisation à chépaquoi m’envoie une demande de don accompagnée d’un crayon-bille offert. Je trouve le procédé goujat-grossier. Donc, je ne donne pas à ces gens-là. La bonne cause ne justifie pas la vulgarité.

C’est comme ça. Je suis méchant...

Non-édité. Un de mes amis m’envoie, par internet, le texte d’un livre qu’il ne parvient pas à faire éditer, sur un sujet délicat. Le travail est remarquable, très documenté. 
Mais trop risqué pour un éditeur. Probablement ne sera-t-il jamais publié. Puis, à la fin, un jour, il circulera sur la toile. Cela fait qu’on n’en parlera pas et que le sujet continuera à exister comme un nuage. Son impact dans l’opinion sera réel ; mais son impact politique, donc son efficacité seront nuls ; et rien ne changera.

C’est un des problèmes de la culture et de la politique, aujourd’hui : le médiatisme permet à un groupe social de décider que tel sujet est réglé – tous ceux qui prétendent le traiter, surtout de façon différente, seront présumés méchants ou ringards. Ce système peut fonctionner pendant quelques temps. Nul ne peut imaginer comment sera sa fin.

Suis-je normal ? J’ai cessé d’écouter les radios privées – en vieillissant, je ne supporte plus la pub... J’ai aussi cessé d’écouter les chaines publiques : trop d’obsession anglouilliste, trop de moralisateurs faisant la leçon (homophobie, antisémitisme etc.) Et puis, le labourage par les chansons en nanglais, non merci ; chante-moi dans ma langue ! Partout, le conformisme (mais rebelle...) des artistes interviewés m’épuise – après m’avoir fait rire, naguère. Enfin, je ne supporte plus la façon de par-euh-ler des journa-euh-listes.

Le cinéma, j’ai renoncé : trop de pub, d’abord, et un son généralement dégueulasse sur des écrans immensément trop grands. Au théâtre, comme au cinéma, la mauvaise diction des comédiens d’aujourd’hui est affligeante. J’imagine que les responsables sont leurs professeurs dans les écoles de formation…

La télé ? J’ai cessé : le rythme des images (de plus en plus courtes – quand je vois une belle fille, je n’ai jamais le temps de la dévisager...) ; je crois aussi que la luminosité des images, à la longue, bref les caractéristiques du « media ». Tant pis…

Lire sur internet ? Non : la position est trop désagréable, le « média » trop laid.

Qu’est-ce qui me reste ? Devinez !

...Les livres.

JB

1) Liberté, égalité, immigration ? La France à l’heure du choix, Jean-Claude Barreau, éd. L’Artilleur. (2) Décomposition française – comment en est-on arrivé là ? Malika Sorel-Sutter, éd. Fayard. (3) Voir ma chronique du mois dernier - Policultures n° 196.